E-business : l'eldorado africain

L'e-business a le vent en poupe sur le continent. Ces dernières années, le développement des infrastructures TIC et la pénétration d'Internet, notamment, ont permis l'essor notable de ce secteur. De l'e-commerce au mobile banking, en passant par les applications de transport urbain, le continent ne cesse de donner des idées aux entrepreneurs.

Masterpass QR, ainsi se nomme la nouvelle solution de paiement mobile, prochainement déployée par Mastercard et le groupe Ecobank dans 33 pays africains, tel qu'annoncé par le groupe bancaire panafricain fin octobre. Quelques mois plus tôt, en mars, le français Orange élargissait son champ d'action sur le continent, en décrochant une licence dans quatre pays d'Afrique de l'Ouest, à savoir la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Mali et la Guinée, pour le lancement d'une solution de mobile banking. De son côté, la firme bulgare OneLife prépare sa conquête de l'Afrique à travers le marché mauricien, avec sa crypto-monnaie OneCoin.
Les exemples abondent et les entreprises internationales se bousculent pour avoir leur part du marché continental de l'e-business, en passant souvent par des partenariats avec des entreprises ou des institutions publiques locales. Cela a été justement le cas récemment en Tunisie, où Mastercard vient de signer, fin octobre, un accord de partenariat avec la Poste tunisienne, pour le développement du paiement mobile sur le marché local.

Du e-commerce au e-business

Alors qu'il y a encore quelques années, l'e-business en Afrique se résumait au e-commerce, plusieurs autres pratiques s'y démocratisent et le concept prend de mieux en mieux tout son sens. Le potentiel de développement que représente le continent sur ce secteur en fait même désormais un eldorado en la matière. «Nous sommes sur un continent avec 1 milliard d'habitants, marqué par l'essor d'une classe moyenne : plus de 100 millions de personnes auront rejoint cette classe d'ici 2020. C'est dire tout le potentiel de l'Afrique», commente dans un entretien avec La Tribune Afrique Karim Koundi, associé responsable du secteur des technologies, médias et télécommunications (TMT) pour Deloitte Afrique Francophone.
D'après lui, plusieurs autres facteurs contribuent à l'essor de l'e-business. Il s'agit notamment du développement de l'exploitation du haut débit, ainsi que la montée en puissance de l'utilisation des smartphones, la connectivité des jeunes de plus en plus importante... Selon une étude du cabinet Deloitte, publiée en février 2015, l'Afrique aura plus de 350 millions de smartphones connectés d'ici 2017. Cependant, estime l'expert, les réalités du continent qui, de prime abord, sont négatives, jouent en sa faveur pour le déploiement des solutions technologiques. «Les fortes disparités sont un facteur de développement de l'e-business, l'accès en ligne aux produits et services devient plus facile», explique-t-il.

Les anglophones en précurseurs

Aujourd'hui en effet, un paysan kényan n'a plus grand chose à envier au conseiller clientèle d'une banque de Johannesburg, en matière de service électronique. Cette quasi-démocratisation de l'e-service, les pays d'Afrique anglophone en sont les précurseurs, avec le Kenya en pointe. Et tout est d'abord parti de l'accessibilité du téléphone portable. Alors qu'en 2002, indique une étude de PewResearch Center, la détention d'un téléphone portable ne concernait pas plus de 10% de la population dans les pays en Afrique anglophone (exception faite de l'Afrique du Sud qui était à 33%), la donne a complètement changé en 10 ans. En 2014 en effet, 73% des Tanzaniens possédaient un téléphone portable, tandis que cette proportion était de 83% au Ghana, 84% au Kenya et 89% en Afrique du Sud, soit autant qu'aux États-Unis. Un engouement pour les TIC dont, faut-il le souligner en passant, certains entrepreneurs africains tentent également de profiter. C'est le cas notamment de Vérone Mankou en République du Congo, qui a lancé une usine locale de fabrication de téléphones, tablettes et smartphones, via sa société VMK.
À cela, il faut ajouter le taux de pénétration d'Internet en Afrique, qui va croissant. Il avoisine aujourd'hui les 20% et devrait doubler d'ici 2020, pour atteindre près de 40 %, grâce au déploiement des réseaux 3G et 4G et à la baisse du prix des smartphones.
Cette dynamique booste l'e-commerce. En 2014, près de 12% des consommateurs africains ont déjà acheté via leur mobile. Et l'on assiste également ces dernières années à un développement certain des market places comme celle d'Afrimarket, une startup fondée à Paris par Rania Belkahia, une Française d'origine marocaine, qui propose une plateforme de transfert argent/bien matériel entre l'Hexagone et plusieurs pays d'Afrique francophone.

Du Kenya au reste du monde

Avec par ailleurs l'expansion des monnaies virtuelles, l'e-finance est également en train de monter peu à peu. Et pour l'instant, le mobile banking ou paiement mobile s'arrache encore toutes les convoitises. Expérimenté pour la première fois au Kenya -devenu une référence mondiale en la matière- le paiement mobile est une alternative certaine au faible taux de bancarisation des Africains (12%). Avec l'application M-Pesa lancée en 2007 par Safaricom, cette application n'a pas fait que révolutionner le transfert d'argent dans ce pays d'Afrique de l'Est ou en Tanzanie voisine, en Afrique du Sud, en Afghanistan, en Inde, ainsi qu'en Europe de l'Est, où elle a été exportée. C'est le monde entier qui en a été inspiré.
C'est d'ailleurs lors d'un voyage avec Google au Kenya que Cédric Atangana a découvert le mobile banking. « J'ai franchement apprécié le système, surtout qu'il pallie la faible bancarisation des Africains et résout les contraintes liées à un transfert classique d'argent, notamment en termes de déplacement», explique dans un entretien avec La Tribune Afrique ce passionné des technologies, qui n'est autre que le PDG d'InfinitySpace, une startup, basée à Marseille, Yaoundé et Nairobi, qui a officiellement lancé le 24 novembre dernier en Afrique de l'Ouest et du Centre, WeCashUp, une application de mobile banking.

Levier de croissance

Le développement actuel du paiement mobile est tel que, d'après une étude du cabinet américain Moody's, «le mobile banking va avec le temps booster la croissance à travers le continent et créer des opportunités pour les banques d'étendre leurs activités».
Au niveau du transport urbain également, des applications mobiles voient le jour un peu partout à travers le continent. Magic Bus Ticketing au Kenya, SafeMotos au Rwanda pour les déplacements en moto, Taxi Jet, Africab ou Drive en Côte d'Ivoire, ou encore Taxi Vairified au Cameroun, les citadins africains commencent à être des habitués de ce type de services.
Un autre domaine à fort potentiel est l'e-gaming, qui monte peu à peu, profitant de la jeunesse de la population africaine et de sa connectivité de plus en plus importante. Au final, presque tous les secteurs de l'économie aujourd'hui se fraient un chemin dans l'immense chantier de l'e-business en Afrique. À ce titre, la Fédération des sociétés d'assurances africaines s'est déjà réunie à deux reprises cette année. Au menu des discussions, justement, l'étude des possibilités d'adaptation du secteur à la transformation digitale que connaît le continent.

Challenges

En dépit de ces avancées, l'Afrique a encore du chemin à faire, pour relever les défis qui s'imposent à l'e-business, notamment en matière d'accès à Internet, qui reste encore l'apanage des grandes métropoles ou encore les difficultés de livraison liées à la non fiabilité des adresses, comme le souligne l'expert de Deloitte. En acteur sur le terrain, Cédric Atangana regrette aussi les distances réglementaires existantes d'une zone à l'autre. Le jeune entrepreneur qui entend lancer son application de mobile banking dans une quinzaine de pays, a dû surmonter bien de difficultés. « L'Afrique a la particularité d'avoir parfois les mêmes problèmes partout, mais peut parallèlement présenter de grosses distances. D'un pays à l'autre, on peut se retrouver avec des réglementations tellement différentes. Du coup, c'est un vrai  challenge que de mettre en place un projet à l'échelle continentale ».

Sources: LaTribune

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